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patriceyolou


VOYAGE AU BÉNIN

Hiver 2009



 




Je suis partie au Bénin pour aider mon ami Patrice Yolou à installer sa boutique d’artisanat. Nous nous sommes rencontrés l’hiver dernier : j’étais alors partie pour faire du soutien scolaire par l’intermédiaire de l’Association Planète Urgence. Cette asso permet à des français d’aller soutenir à Tanguieta le travail de l’ONG locale : Action et Développement. Patrice est un magnifique joueur de Djembé (et il a œuvré à m’en apprendre les rudiments …). Il ne peut vivre de son art car au bénin, il n’y a pas d’intermittent du spectacle, pas d’orchestre subventionné, pas de conservatoire ni de Drac…Les principales difficultés qu’il rencontre pour s’installer sont dues à de graves problèmes de vue qui l’empêchent de lire et d’écrire autrement qu’en braille (alors qu’il est sans doute le seul a pratiquer cette langue dans tout le nord du Bénin). Nous avons donc pour idée de profiter de ma présence pour aménager la boutique et prendre contact avec différents fournisseurs ; je suis chargée de la prise de note, de la comptabilité (hé oui !) et du choix de nos achats pour les lui expliquer ensuite en tant que touriste blanche, voyante : cobaye. Il regarde les objets avec ses mains et du coin de l’œil car ainsi, il arrive à voir un peu.Le Bénin est en longueur (en rouge sur la carte du haut) et le nord est assez défavorisé par cette géographie… Malheureusement, Tanguieta est au nord, dans la région de l’Atakora-Donga, heureusement située à l’entrée du parc naturel de la Pendjari et à proximité des Tata Somba : passage de touristes assuré… !
http://www.pendjari.net/spip.php?article35

Samedi 22 novembre au soir 
Arrivée à Ouagadougou (Burkina), légère angoisse de savoir si quelqu'un sera là pour m'accueillir : je réalise que je n'ai pris aucun n° de téléphone. Heureusement, Shérif, le chauffeur, est là qui réceptionne des volontaires de Planète Urgence. Il n’était pas au courant de mon arrivée (pourtant prévue), mais personne ne se formalise (j’aurai un lit pour la nuit et une voiture pour rejoindre Tanguieta) : c’est le terrain, comme nous disons…Première nui t: un vrai bonheur ! J'aime tellement dormir en Afrique !

Dimanche 23 au matin
Départ vers le Bénin et Tanguieta. Paysages plus verts que l'année passée : la saison sèche est moins avancée puisque j’étais alors partie fin décembre.

 

 

 

 

Dimanche 23 au soir
Arrivée à l'hôtel Baobab, j'aurais la case n° 2. Une bonne douche froide avant le dîner. Il y a ici une vraie douche, eau froide courante et électricité dans chaque chambre. Pendant que je mange cette pintade au couscous, Patrice que je pensais voir demain arrive à pied dans le noir de la nuit ! Il m'attendait depuis le début de l’après-midi à l'ONG. Nous sommes très émus de nous retrouver.

Lundi 24 
Nous nous mettons au travail : Patrice me montre la boutique qu'il loue à Clarisse, sa sœur. Petit local mais parfait pour un début et très bien placé. Seul problème pour le moment : Clarisse y a laissé des affaires et ne sait qu'en faire. Nous décidons finalement de faire construire un petit cabanon en tôles et planches dehors, qu’elle promet de rembourser progressivement. Après plusieurs tentatives, nous finissons par rencontrer le menuisier, à qui nous commandons des étagères, un bureau et le dit cabanon. Nous repartons avec des devis (155 000 Francs CFA, soit 230 euros environ) et l'assurance que le travail sera fait rapidement, bien que le bois manque à Tanguieta.

 

 

 

 

Mardi 25
Premier voyage à la recherche du stock. Abalo (directeur d’action et développement ) nous a conseillé de rencontrer un « frère » à Natitangou : il s’appelle Fal et semble connaître bien le secteur et le commerce de l'artisanat. 47 km à parcourir, le bus est à 7h ; il part finalement à 7h40 et nous arrivons à Nati vers 9h.  Le trajet est beau, traverse la montagne de l'Atacora. Arrivés à destination, nous appelons Fal (le téléphone portable est une aubaine ici, quand le réseau ne "gratte" pas... il n’y a que très peu de téléphones fixes). La rencontre est décevante: cet homme, qui a vécu plusieurs années au Canada, parle beaucoup mais ne sait rien, il explose le forfait de Patrice en appelant des gens qui pourraient nous aider … Nous rencontrons un artisan qui fabrique des masques et statues en bois et rapportons des échantillons.
Retour à l'arrêt de bus : il arrive de Cotonou et devrait passer entre 14h et 16h30... on nous annonce à 17h qu'il est totalement arrêté par une panne et que le mieux est de prendre le taxi. En quelques minutes, nous nous retrouvons à 9 dans une voiture "5 places" : nous sommes 4 devant, dont un assis sur le frein à main : le chauffeur passe les vitesses entre les jambes de celui-là... La nuit tombe mais le voyage se passe bien. A notre arrivée, Abalo nous dit que les sculptures ne sont pas de bonne qualité et nous conseille de chercher encore... journée perdue?

Mercredi 26
Nous partons à la recherche d'un vélo: je souhaite ne pas être tributaire de voitures pour mes déplacements et l'hôtel est à l'écart de la ville. Nous trouvons notre bonheur et Patrice réussit à trouver une deuxième bécane pour la durée de mon séjour : il gardera le mien à mon départ. Nous apprendrons demain que notre vendeur de vélo vient d'être arrêté pour vol de moto et qu'il est en prison: il sera difficile d'obtenir le reçu... pour ma compta… Mon vélo présente des petits défauts (roue voilée, dynamo récalcitrante, valve fuyante...) et je suis ébahie devant la patience, l'ingéniosité et l'habileté de ce jeune homme qui répare tout à l'aide de morceaux de caoutchouc...

Jeudi 27
Nous sommes obligés de faire une mise au point sévère avec le menuisier : les étagères sont mal installées et l'une condamne un bon tiers de l'autre. Il a peint en blanc comme convenu mais a tellement dilué la peinture que tout est grisâtre. Heureusement, Thomas, le grand frère de Patrice est là et il "chauffe" l'artisan: ils se connaissent depuis l'école et l'ascendant visible de Thomas est bien utile !
Après avoir laissé passer les heures trop chaudes pour la "batouré" (c’est moi, la blanche), nous prenons la direction de Biacou, un village à 5 km de là. Nous allons de case en case pour trouver des objets traditionnels chez les vieux. La langue parlée ici n'est pas la même qu'à Tanguieta mais nous trouvons vite un jeune qui est écolier et sera notre interprète en français. Nous trouvons quelques calebasses aux formes étranges, une flûte de chasseur et une corne médicale dédiée à l’aspiration de substances néfastes dans le corps.
Nous finissons par une visite à l’école où j’avais travaillé l’année dernière : je suis très touchée de retrouver les enfants, qui me le rendent bien. Bio à qui j’avais offert un tee-shirt le porte toujours… Nous sommes très intimidés les uns et les autres.
J’apprends que deux élèves ont succombé en début de semaine à une méningite et qu’il n’y a aucun vaccin ici pour immuniser le reste de l’école.

Vendredi 28
Les travaux avancent et notre excursion nous mène aujourd'hui à Tiélé. Thomas a « chauffé » Clarisse, sa sœur, et nous a obtenu la moto. Patrice parvient à se diriger en moto malgré sa très mauvaise vue mais il me laisse aussi conduire…
Quelle surprise pour moi de découvrir que, non seulement on parle ici une troisième langue, différente encore, mais aussi que l'artisanat et les rituels sont différents aussi.

Dimanche 30
Les volontaires ont programmé une visite des Tata Somba et Abalo nous conseille de profiter de la voiture: en quelques kilomètres en direction de Boukoumbé, nous pourrons découvrir des choses nouvelles. Malheureusement, les villageois de ce secteur sont habitués aux touristes et les conversations ne s'installent pas. Nous achetons des frondes en corde et des bracelets sur un marché, beaucoup de personnes sont saoûles, hommes ou femmes ont bu du tchoukoutou (ou tchouk, boisson à base de mil fermenté…pas mauvais mais pas inoubliable…) en grande quantité.

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Lundi 1er décembre
Nous pouvons programmer notre voyage de 3 jours sans crainte: les étagères sont terminées, nous avons placé nous-même le plafond en natte et l'électricien nous a tiré un fil jusqu'à la boutique: un néon et une prise. Nous payons notre dû et savons que nous aurons le bureau à notre retour. Le plus étonnant dans tout ça c’est que nous avons construit un cabanon sur la voie publique sans permis, ouvert une boutique sans déclaration où que ce soit, planté des pancartes de pub sans autorisation écrite, amené l’électricité sans compteur : on verra tout cela plus tard… à la fin de l’année quand les bénéfices seront faits.

Mardi 2
Le bus que nous avions pris lundi nous emmènera à Djougou, grosse ville en direction du sud. Départ à 8h, quelques passagers se plaignent du retard. Patrice m'explique qu'une demi-heure de retard est acceptable... Nous arrivons à Djougou vers 10h30 et filons en Zem (moto-taxi) chez Thomas. Celui-ci nous accueille très gentiment avec un thé et une omelette. Il a préparé notre visite en repérant des artisans: un marchand de tam-tam à qui nous achetons 3 instruments, un atelier de tissage chez qui Patrice achète plusieurs tissus et des échantillons de cotons, gingembre et indigo pour la teinture. Puis nous rentrons chez Thomas qui nous sert des frites d'Igname avant notre départ pour Ouaké, frontière du Togo.
Nous trouvons un taxi-brousse qui nous emmènera "à la vitesse du caméléon". La poussière est terrible, nous arrivons tous les deux, rouges, à Ouaké, le village des Yolou.
Patrice me montre la maison de sa famille et la tombe de son père, qui est juste là devant la maison : « on enterre souvent les vieux à la maison car on aime penser à eux, par contre, les jeunes vont au cimetière, car c’est trop triste »

Au marché, là aussi beaucoup d'hommes saouls : être blanche dans ce contexte est un peu pesant d'autant que nous avons rendez-vous avec Yaya alors que le réseau "gratte": nous devons sillonner tout le marché de long en large à sa recherche et tout le marché s'en mêle. Finalement, nous le trouvons chez le raseur: une chaise dehors, un banc pour attendre et coiffure unique: on rase! Yaya nous montre les objets intéressants et nous explique qu'il faudra les acheter demain au togo car ils seront moins chers.
Patrice a prévu que nous dormions chez un de ces oncles. Celui-ci a été député et s'est fait construire une maison qu'il n'habite pas. Un cousin y vit avec sa jeune nièce. Double salon, salle à manger, cuisine, télévision géante, rideaux aux fenêtres... une chambre, qu'ils partagent mais qu'ils vont nous laisser pour la nuit: Patrice est le parent le plus direct du propriétaire. La jeune fille, collégienne, fais le dîner dehors tandis que des amis rendent visite. Ils s'asseyent, parlent peu, personne n'aide à la confection du repas, j'observe les gestes efficaces et inconnus (la circulation de l’eau non courante mais toujours propre). L'électricité coupe et je prends la douche (des seaux d'eau froide) à la lampe torche. Tout le monde dormira par terre et moi dans le lit (je dois avouer que je ne me fais pas prier...).        

Mercredi 3
Nous partons pour le togo mais les douaniers refusent de me laisser passer: soit je paye un visas (10 000 F CFA), ce que refusent catégoriquement mes amis, soit je laisse mon passeport jusqu'à mon retour, ce que je n’ose accepter.
Je rentre à la maison avec le cousin. Il m'offre une bouillie de mil, que nous mangeons au bord de la route puis du fromage de soja : délicieux ! Nous passerons ensuite quelques heures à attendre le retour de Patrice et Yaya chez le mécanicien: un appentis en bois et paille, ouvert, au bord de la route. Ils reviennent très chargés: les achats sont dans le coffre du taxi et nous repartons pour Djougou ; Patrice m'a apporté des bananes, excellentes! Nous sommes 5 femmes à l'arrière de la voiture. Arrivés à Djougou, nous cherchons Thomas et nos achats de la veille. Nous tombons sur un bus climatisé qui file vers Natitangou et ne pouvons malheureusement saluer Thomas que très rapidement. Arrivés à Nati, Patrice "s'allie" avec 2 militaires qui voyagent vers Tanguiteta pour trouver un taxi plus facilement. Je ne comprends encore pas comment il vont pouvoir mettre tous nos paquets, ceux des militaires et nous même dans cette Peugeot... Ils y arrivent si bien qu'il rajoutent 3 personnes! Nous arrivons à 20h à Tanguieta. Dans nos bagages : de la poterie, des paniers, des arcs et flèches, des castagnettes… et très peu de casse.

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Jeudi 4
Aujourd'hui nous nettoyons à fond la boutique et installons les objets récoltés!
Après la douche de midi, je quitte l'hôtel Baobab: ce soir je dormirai chez Patrice (le confort n’est plus le même : pas d’eau courante).
La mama de Patrice nous a fait confectionner deux tenues dans le même pagne pour l'inauguration de la boutique. Nous partons à la recherche de fauteuils pour la soirée, achetons des boissons.
Les mamas et Clarisse (le père de Patrice, catholique, a eu 12 enfants avec deux femmes légitimes et un de plus avec une amie) ont préparé l'igname pillée avec une sauce aux épinards (mon plat préféré). Le moment est très émouvant: comme le veut la tradition, Abalo fait un discours puis donne la parole à chacun. La mama de Patrice me remercie et pleure. J'explique à mon tour que j'ai passé un séjour formidable, que c'est la musique qui nous a réunis et demande qu'on ne me remercie pas trop. Patrice ne trouve pas les mots puis fond en larmes.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Vendredi 5, 5h du matin
Nous avons rendez-vous à 5h pour le départ du taxi vers Ouagadougou. Clarisse nous y mène, et nous nous disons adieux..
Le chauffeur nous explique que le départ est à 5h "heure de Ouagadougou": nous avons donc une heure d'avance. Tous les chauffeurs dorment à l'auto-gare, à terre ou dans les véhicule et on nous invite à nous installer. A 5h30, le départ est finalement décidé. Commence alors un voyage "direct Ouaga, mais à arrêts répétés(!)": au bout de 15 min pour prier (musulmans), 25 min pour prendre un bidon d'essence, puis des passagers (avec d'énormes paquets), puis un contrôle de  police... à 7h30 arrivée à la frontière, celle-ci est fermée et n'ouvre qu'à 8h, heure à laquelle nous entrons au Burkina: en 2h30 nous avons fait 65 km. Nous sommes arrêtés par un garde-chasse, la vieille femme aux très volumineux paquets transporte de la marchandise illégale (du poisson, je crois) et tout est confisqué. Elle se place devant la voiture en hurlant, nous interdisant de repartir. Comme souvent ici, tout le monde s'en mêle et donne son avis. La femme supplie l’homme en uniforme, s'accrochant à lui. Il est intraitable et nous repartons sans elle.
Commence alors une incessante alternance de chargements et déchargements des bagages qui sont sur le toit. Chaque passager peut monter ou descendre quand il veut, quel que soit son chargement: nous atteignons le nombre de 24 passagers pour douze places prévues avec 3 moutons (vivants: lundi aura lieu la fête du mouton) , 2 motos et un vélo, sans compter les bagages plus traditionnels (à mes yeux du moins). J'ai le privilège de la fenêtre à ma gauche et voit apparaître tout à coup le cul d'un mouton qui s'est détaché et qui menace de choir en hurlant... le pire de tout ça, c'est que j'ai laissé mon "Alice au pays des merveilles" dans mon sac et n'ose pas le réclamer: il est sur le toit et nous sommes partis les 1er... Nous arrivons à 17h30 à Ouaga : 12h pour 420 km…

Samedi 6
Journée au village des artisans : Patrice y achète des instruments (il impressionne tout le monde en les essayant), des Batiks, des statues en bronze, en bois et des masques et des bijoux. Il négocie une heure entière avec chaque fournisseur, qui blanchit à vue d’œil : il est très fort ! Le soir, nous rentrons à l’hôtel Zem batik, j’ai rendu la chambre car Patrice préfère dormir dans la voiture que payer la chambre (9000 F,  13 Euros). Nous allons à l’aéroport mais Patrice s’en voit interdire l’entrée et nous nous quittons 2h avant le départ de l’avion… Je sais qu’il rêve de venir en France, moi j’aimerais juste qu’il puisse venir me voir, me rendre une petite visite…

Pauline Warnier, janvier 2010