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vaudeville


VAUDEVILLES

Questions sur les vaudevilles du Cendrillon de Jean-Louis Laruette & Louis Anseaume






Exemples de vaudevilles :

> Le manchon
> Mon petit doigt m'a dit
> De tous temps le jardinage


Remerciements à Raphaëlle Legrand, Michel Noiray, Jean-Luc Impe, Judith Le Blanc, Françoise Rubellin et Loïc Chahine pour leur contribution et leurs conseils dans la recherche des vaudevilles.

Cendrillon de Jean-Louis Laruette est écrit sur 12 airs et 80 vaudevilles ; on n'a malheureusement pas retrouvé la musique du choeur final, écrit par Laruette.

Le premier air est une parodie de Rameau pour violon et hautbois sur l'air La sagesse est de bien aimer (Texte original : La sagesse est de bien aimer, Et d'aimer toujours sans partage, On est heureux si l'on peut s'enflammer; Si l'on est constant, on est sage) Suit un Récitatif de Mr la Ruette, puis une ariette de Mr Duny Le moyen de faire autrement. L'air n°4 est de Laruette, ainsi que le 5 : Les yeux baissés par modestie. Suit une ariette de Mr Duny. Viennent ensuite un monologue de Mr de la Ruette, une ariette de Mr la Ruette (Fort et marqué) pièce centrale dans le ressort comique: c'est le moment où les deux soeurs se disputent les services de Cendrillon. Dans la deuxième partie, tous les airs sont de Laruette : O toi qui me punit de mon indifférence, air gay, récitatif par Mr de la Ruette Avant de vous connaître, j'adorais vos appas, et enfin le duo final (gravement) L'éclat de la grandeur suprême.

Tous ces airs sont entrecoupés de vaudevilles.

Ce qui surprend, c'est le peu d'airs écrits par Laruette lui-même ; ils sont cependant d'une grande qualité musicale, d'une poésie qui les rend assez facilement identifiables.

Cendrillon, comédie sentimentale, presque féérie, est le prétexte d'airs tendres et délicats qui nous montrent un Laruette sensible, délaissant les clameurs et les grands airs imités de l'opéra, un Laruette qui s'exprime en demi-teintes et cherche à émouvoir et à intéresser par le seul moyen d'une musique dépouillée qui touche directement les "coeurs sensibles" Paulette Letailleur


DÉFINITION DES VAUDEVILLES

Marin Mersenne, en 1636, définit le vaudeville comme « le plus simple de tous les airs, et s'applique à toute sorte de poésie que l'on chante note contre note sans mesure réglée : cette grande facilité fait appeler les chansons vaudevilles parce que les moindres artisans sont capables de les chanter»

Jean-Jacques Rousseau écrit quant à lui dans son Dictionnaire de la musique : "Sorte de chansons à couplet, qui roule ordinairement sur des sujets badins ou satyriques. On fait remonter l'origine de ce petit Poème jusqu'au règne de Charlemagne : mais, selon la plus commune opinion, il fut inventé par un certain Charlemagne : mais, selon la plus commune opinion, il fut inventé par un certain Basselin, Foulon de Vire en Normandie ; & comme, pour danser sur ces Chants, on s'assemblait dans le Val de Vire ; ils furent appellés, dit-on, Vaux-de-Vire, puis par Corruption Vaudevilles. L'Air des Vaudevilles est communément peu Musical. Comme on n'y fait attention qu'aux paroles, l'Air ne sert qu'à rendre la récitation un peu plus appuyée ; du reste on n'y sent pour l'ordinaire ni goût, ni chant, ni mesure. Le Vaudeville appartient exclusivement aux Français, & ils en ont de très piquants & très-plaisants."

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L'étymologie de vaudeville est probablement Voix de Ville, qui était une locution commune au XVIe s., expliquée pour aller « à vau-de-ville », comme « à vau-l'eau ». On connaît des livres de Voix de Ville et de Vaux de Ville de 1561, 1576, 1579.

Au XVIIIe s., le vaudeville gagna le théâtre, où ses timbres servirent aux couplets de comédie, qui prirent de plus en plus d'importance. On avait eu d'abord la comédie mêlée de vaudevilles, on eut ensuite l'opéra-comique en vaudeville, et enfin, avec Pris et Barré, la comédie-vaudeville, qui devint une forme classée et eut son théâtre, le théâtre du vaudeville.

Les vaudevilles du XVIIIe s. étaient souvent des contredanses, des airs de danse, et servaient indéfiniment à des couplets nouveaux, que les rimeurs accoutumés à ce genre de poésie établissaient sur des « patrons » rythmiques fixes. La Clef du Caveau (fondé vers 1730) en est le magasin général.

 

LES VAUDEVILLES DANS CENDRILLON DE LARUETTE ET ANSEAUME


Ils sont au nombre de 80 : nous en avons retrouvé une cinquantaine. Certains nous étaient évidemment connus : Les folies d'Espagne, La Furstemberg. D'autres furent rapidement trouvés : Les petits riens, Que je vous aime, Je suis un bon soldat, Préparons-nous pour la fête nouvelle.

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Sur les conseils de Michel Noiray, nous trouvions chez Glück (dans le diable à quatre) 9 vaudevilles : Ah! madame Anroux, De Joconde, Des proverbes, Du précepteur d'amour, Ne v'la-t-il pas que j'aime, Non je ne ferai pas, Quand je tiens de ce jus d'octobre, Que ne suis-je la jonquille (ou l'amant frivole) et enfin Tout roule aujourd'hui dans le monde.

Raphaëlle Legrand nous en envoya 11, trouvés dans Lesage et d'Orneval (Le Théâtre de la foire ou l'Opéra-Comique 1722-1734) : A l'envers, Belle brune, Bouchez naïdes, Comme un coucou, Dans un couvent bienheureux, De l'horoscope accompli, Dondaine, Lasson lassi, Mariez-moi, Morgué, On n'aime point dans nos forêts, Plus inconstant que l'onde et le nuage, Paris est en grand deuil, Pour voir un peu comment çà f'ra, Tourelourirette.

Retrouver le reste des vaudevilles, opérations fastidieuses et parfois décourageantes, nous apporta cependant un éclairage intéressant sur les airs à la mode de l'époque : une pépite est par exemple Que je vous aime, tiré de l'opéra Aeglé de Lagarde, écrit en 1748 et reprit en 1750 et mis au Théâtre de l'Académie Royale de Musique le 18 Février 1751, est utilisé de manière parfaite par Anseaume, dont le texte (la déclaration d'amour d'Azor à Cendrillon) colle parfaitement aux envolées lyriques de la musique de Lagarde.

Enfin, on retrouve beaucoup de vaudevilles communs dans les autres pièces de Laruette et d'Anseaume : On n'aime point dans nos forêts, Tout roule aujourd'hui dans le monde, De Joconde, Paris est en grand deuil, Comme un coucou que l'amour presse, De tous temps le jardinage, Bouchez nayades, Quand je tiens de ce jus d'octobre, Ne v'la-t-il pas que j'aime, Ces filles sont si sottes, Pour voir un peu comment çà f'ra, Je suis un bon soldat, De tous les capucins du monde, Non je ne ferai pas, Mon petit doigt me l'a dit, Entre l'amour et la raison...

Hélène Clerc-Murgier